Embarquer pour s’y taire ?

On a déjà pas mal glosé sur les liens entre intervention et sociologie, et la voie ne me parait finalement guère stimulante pour qui pratique  la sociologie dans le terrain. Ni critique, ni dévoilement, la sociologie dans le terrain est d’abord une enquête réalisée avec des acteurs sur ce qui les trouble .

Embarquée dans des entreprises, des organismes ou des institutions diverses pour accompagner des acteurs dans leur questionnement sur des objets « résistants », j’ai toujours considéré mon travail comme celui d’un explorateur en tension entre connu et inconnu, entre ce qui semble trop évident et ce qui se refuse de laisser théoriser. L’enquête empirique servant non de prétexte mais de lieu  d’élaboration de connaissances, parce que c’est en marchant dans la glaise que les idées s’accrochent aux godillots et en nettoyant ses chaussures qu’elles prennent forme.

Les échanges, les collectes de matériau, les fabrications d’écrits informels ou plus élaborés servent d’appuis à la formulation d’une problématique qui en s’affermissant procure aux acteurs un cadre pour penser. Car, c’est peut-être bien là que quelque chose se joue, retrouver un appui pour penser ce qui concerne, intrigue ou exaspère. Et surtout oser penser sans s’en excuser d’emblée ou vouloir le légitimer par une utilité immédiate et tangible.

Et à quoi sert le sociologue là-dedans dira t-on ? Est-ce prétentieux que de proposer qu’il aille aux charbons pour fournir à d’autres les moyens d’oser penser ? Est-ce utopique que d’énoncer qu’à s’y taire il peut encore fournir à d’autres les moyens de dire ?

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